La voix appartient ici à l'auteur réel, ce qui oblige à la caractériser avec précision plutôt qu'à la nommer.
Décrivez-la par son registre (soutenu, familier, intime, lyrique), par sa tonalité dominante (assurée, inquiète, ironique, tendre) et par le rythme de ses phrases.
Cette caractérisation engage tout le reste de l'analyse, car elle fixe la relation que le texte installe avec son lecteur.
Le rythme de la phrase produit du sens à lui seul : la phrase brève et déclarative n'établit pas le même rapport que la longue période à subordonnées.
La phrase brève donne l'impression d'un constat que rien ne vient adoucir, tandis que la période retarde la résolution et fait sentir la difficulté de ce qui se dit.
Les images portent un argument, pas un ornement
Les images et la métaphore engagent une thèse dans la non-fiction littéraire, puisque l'auteur les applique à sa propre expérience.
Quand un mémorialiste compare la maison de son enfance à un bateau, il affirme quelque chose sur l'instabilité, l'enfermement et le voyage.
Analysez donc ce que l'image est chargée de dire ici, plutôt que de la ranger dans une catégorie de figures.
Un paysage dans un récit de voyage sert rarement de décor, et un détail matériel dans un essai porte presque toujours une valeur seconde au-delà de sa description.
La structure elle-même est un procédé
La structure et la forme produisent du sens : l'essai personnel avance souvent par digressions au lieu de suivre une chronologie.
Une digression met en scène le travail de la pensée, et un mémoire fragmenté imite le fonctionnement discontinu de la mémoire.
Quand vous voyez l'ordre du texte s'écarter de la chronologie, demandez-vous ce que le texte y gagne, car cet écart a été choisi.
La réflexion sur soi est le cœur de la forme
La réflexion et l'auto-interrogation signent la non-fiction littéraire : l'auteur s'arrête, prend du recul et pense ce qu'il vient de décrire.
Ces moments prennent la forme de questions, d'aveux d'incertitude ou de reformulations d'une affirmation antérieure.
Une phrase comme « je ne comprenais pas alors » ou « je n'en suis pas sûr » mérite une analyse détaillée, parce qu'elle date le savoir et sépare deux moments du même sujet.
Le maintien de l'incertitude est un choix rhétorique : il indique le rapport que l'auteur entretient avec sa matière et refuse au lecteur le confort d'une conclusion.
Le passage du particulier à l'universel est la signature de la forme
Le mouvement du particulier à l'universel organise la plupart des essais littéraires : un objet précis ouvre sur une affirmation générale.
Repérez ces moments où un détail concret se met à valoir pour l'expérience commune, car ils forment la colonne vertébrale du texte.
C'est là que se voit l'intelligence analytique de l'auteur, puisqu'il doit rendre l'élargissement crédible à partir d'un cas unique.
Example
Texte : Marcel Proust, Sur la lecture (1905).
Détail : les livres d'enfance que l'on feuillette encore.
Formule : ils ne sont plus que « les seuls calendriers que nous ayons gardés des jours enfuis ».
Effet : l'objet matériel prend la fonction d'un instrument de mesure du temps.
Sens : la lecture cesse d'être un loisir de l'enfance et devient la seule archive d'un monde disparu, ce qui justifie la thèse du texte.
Interactive question
Qu'appelle-t-on la « voix » dans la non-fiction littéraire ?
Markscheme
La voix est la manière singulière dont l'auteur s'adresse au lecteur, construite par le lexique, la syntaxe, la tonalité et le rythme [1]
Elle établit la relation de l'auteur au lecteur et sa position face à son sujet [1]
Active recall
Qu'est-ce que la voix dans la non-fiction en prose et pourquoi commence-t-on par elle ?
Comment un texte passe-t-il du particulier à l'universel ?
Quel rôle la réflexion joue-t-elle dans la non-fiction littéraire ?
Pourquoi la structure d'un essai est-elle un choix plutôt qu'un hasard ?