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J'ai voulu, ce matin, te rapporter des roses ;
Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les nœuds trop serrés n'ont pu les contenir.
Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s'en sont toutes allées.
Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir.
La vague en a paru rouge et comme enflammée :
Ce soir ma robe encore en est toute embaumée…
Respires-en sur moi l'odorant souvenir.
Le poème transforme une perte en présence, et il confie ce renversement à sa forme : les trois tercets, la rime commune et le double sens du dernier verbe font passer les roses du bouquet perdu au corps qui en garde l'odeur.
Les trois tercets se referment sur « contenir », « revenir » et « souvenir » ; la catastrophe tient dans la demi-phrase « Les nœuds ont éclaté. » ; le dernier tercet s'achève sur une robe « toute embaumée » et sur l'ordre « Respires-en sur moi ».
La forme du poème enseigne ainsi que rien ne se garde tel quel : les roses ne franchissent pas les nœuds, la mer les efface, et pourtant l'odeur demeure. Ce que la locutrice offre au dernier vers est sa propre robe, où le don manqué s'est transformé en souvenir respirable.
Marceline Desbordes-Valmore confie à la forme de son poème le renversement qu'il raconte : la perte des roses s'y change en présence de leur odeur. Les trois tercets se ferment tous sur la même rime, et les mots qu'elle met en relief, « contenir », « revenir », « souvenir », suffisent à dire les trois temps de l'histoire. La catastrophe, elle, tient en une demi-ligne : « Les nœuds ont éclaté. » s'arrête sur le seul point placé au milieu d'un vers, si bien que la rupture se produit exactement là où l'alexandrin se coupe. Le tercet suivant l'étire dans le champ lexical de la dispersion, « envolées », « dans le vent », « à la mer », jusqu'à la formule « pour ne plus revenir », qui referme toute possibilité de retour. Le dernier tercet remonte alors le mouvement en sens inverse : la vague paraît « rouge et comme enflammée », l'odeur passe de la mer à la robe, et le corps de la locutrice devient le lieu où le bouquet subsiste. Le participe « embaumée » achève ce déplacement, puisqu'il dit le parfum et la conservation d'un mort dans le même mot. L'impératif final, « Respires-en sur moi l'odorant souvenir », adresse au destinataire ce qui reste d'un don manqué, et le poème conclut que ce qui se perd continue d'exister sous une autre forme.
Rédigez un paragraphe d'analyse sur le point suivant, en suivant les quatre gestes.
Les trois tercets des « Roses de Saadi » riment sur le même son : « contenir » (vers 3), « revenir » (vers 6), « souvenir » (vers 9).
Analysez la rime commune aux trois tercets et son effet sur la lecture du poème. Vous devez :
Solution
Niveau 1
Niveau 2
Niveau 3
Niveau 4
Niveau 5
Niveau 6
Niveau 7
Réponse de niveau 7
La rime des « Roses de Saadi » se comporte comme une charnière : chaque tercet rime aab, et le son de la troisième ligne reste le même d'une strophe à l'autre. « Contenir », « revenir » et « souvenir » occupent donc trois fois la position la plus exposée du poème, celle qui referme la strophe et laisse un silence après elle. Cette permanence sonore produit un effet immédiat sur la lecture : les trois tercets s'enchaînent par l'oreille alors qu'ils racontent trois moments séparés, l'excès du bouquet, la dispersion en mer, puis la robe parfumée. Les mots eux-mêmes composent un récit lorsqu'on les lit à la suite, puisqu'ils passent de ce qu'on ne peut pas garder à ce qui ne reviendra pas, et enfin à ce qui reste malgré tout. La rime fait ainsi entendre une continuité là où l'anecdote ne présente qu'une perte, et elle prépare le renversement du dernier tercet, où la robe « toute embaumée » recueille l'odeur des roses disparues. L'impératif final, « Respires-en sur moi l'odorant souvenir », tombe sur ce même son : le poème se termine exactement là où sa rime le conduisait depuis le troisième vers.